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La Baule : Qu'est-ce qu'un CEIO ? Pierre Cazes : Un Concours d'Endurance International Officiel représente le plus haut niveau dans la gamme du circuit international d'endurance, juste avant les échéances comme les championnats d'Europe ou du monde. Dans chaque pays il ne peut y avoir qu'un CEIO et c'est la seule manifestation qui puisse être support d'une Coupe des Nations, donc d'un classement par équipes en sus d'un classement en individuel. Pour un CEIO, le règlement international prévoit la participation de 5 cavaliers maximum par nation dont 4 concourent en équipe et désignés la veille de l'épreuve, le 5e ne joue que sa carte en individuel. La Baule sera la première ville à recevoir un CEIO. Seule La France en tant que pays organisateur aura droit à un quota supérieur de cavaliers qui participeront uniquement au classement en individuel. La Baule sera la première ville au monde à organiser un CEIO.
LB : Comment est née cette idée ? P.C. : Il y a déjà quelques années que l'idée trottait dans l'air. J'en avais parlé il y a 4 ans avec Fred Barley, un vétérinaire qui travaille sur le gros centre d'entraînement de Newmarket en Grande-Bretagne, où sont notamment basées une grande partie des écuries de la famille Al Maktoum, les princes de Dubaï déjà omniprésents sur les hippodromes sont devenus les plus gros propriétaires de chevaux d'endurance. Le projet d'un CEIO sur Newmarket est tombé à l'eau et c'est René Pasquier qui a relancé l'idée d'un concours d'endurance avec une Coupe des Nations comme c'est le cas sur le Jumping Officiel de France de La Baule.
LB : Un circuit comme cela existe en jumping est-il envisageable ? P.C. : Je crois qu'il faudra 4 ou 5 ans pour que l'idée fasse son chemin et soit reprise par d'autres fédérations, mais ça me paraît tout à fait envisageable. Cela va dans le sens de la croissance qualitative de la discipline avec l'émergence d'un circuit haut de gamme.
LB : Qu'est ce que cette manifestation peut apporter à la discipline ? P.C. : C'est l'occasion de conforter le haut niveau dans une démarche professionnelle. Depuis la fin des années 90, l'arrivée des pays du Moyen-Orient qui ont investi avec de gros moyens pour être aux premières places, a considérablement bouleversé la discipline. Nous avons besoin de professionnaliser nos manifestations et de leur donner un cadre plus prestigieux. Ce CEIO doit être l'occasion d'aller à la rencontre de partenaires, d'encourager les propriétaires à l'appui de contrats de conservation de leurs chevaux.
LB : Comment le choix s'est-il porté sur La Baule ? P.C. : René Pasquier était demandeur. Son expérience en matière d'organisateur de l'Officiel de France en jumping est une référence. Il y a ici toute la logistique nécessaire. De plus les collectivités territoriales sont très impliquées et c'est l'occasion d'étendre l'événement baulois à toute la presqu'île de Guérande. Le départ et l'arrivée bénéficieront d'un cadre exceptionnel sur la plage. La date proposée collait bien avec le calendrier international des épreuves de longues distances et permettra à l'endurance de se montrer auprès du grand public qui fréquente la région pendant ce long week-end.
LB : Que pensez-vous de la coexistence avec le CSIO ? P.C. : J'en attends beaucoup de synergies. C'est vraiment ce que je recherche : profiter de l'aura d'un grand événement pour favoriser la promotion de l'endurance. J'espère aussi que les investisseurs s'intéresseront à la discipline. C'est aussi excellent de confronter des cavaliers de registre différent. Nous l'avons très bien ressenti aux Jeux Equestres Mondiaux de Jerez : il y a une émulation qui s'est créée. C'est vrai aussi au niveau des entraîneurs. Je suis heureux de partager un événement avec Jean-Maurice Bonneau.
LB : Quel sera le niveau technique de l'épreuve ? Comment la situer dans la hiérarchie des événements de l'année ? P.C. : Cette épreuve se disputera sur 160 km, soit la distance traditionnelle, celle des championnats internationaux et des épreuves majeures. Le circuit proposé me parait très intéressant techniquement. Cette année c'est évidemment un peu un ballon d'essai, mais dans les années à venir je pense que l'événement est appelé à devenir un des plus importants, exactement comme c'est le cas en saut d'obstacles. Une Coupe des Nations, c'est vraiment un enjeu majeur pour les équipes nationales.
LB : La création de ce CEIO a-t-elle modifié votre stratégie pour la saison 2003 ? P.C. : Oui bien sûr car je veux aligner les meilleurs couples du moment ! Il faut donc qu'ils soient prêts assez tôt dans la saison mais ce n'est pas incompatible avec le championnat d'Europe qui se disputera fin septembre. Les chevaux auront donc 4 mois pour récupérer et reprendre le travail pour cette échéance. C'est jouable !
LB : Comment va se faire la sélection française ? P.C. : Les sélectionnables sont conviés à un stage du 28 au 30 mars aux Saintes Maries de la Mer. Les cavaliers qui étaient à Jerez sont très motivés par ce nouveau challenge mais la sélection est ouverte car il y a pas mal de nouveaux couples qui sont apparus en 2002. Je pense pouvoir compter sur une quinzaine de cavaliers.
LB : Quelle est la concurrence attendue ? P.C. : C'est difficile à dire puisqu'on est dans le cas d'une première. Je pense que beaucoup de pays risquent de se limiter à quelques individuels pour tester cette nouveauté. Il y a souvent des cavaliers australiens ou américains qui séjournent en Europe. On peut espérer les voir à La Baule.
LB : Comment se situe la France sur la scène internationale de l'endurance ? P.C. : La France est le pays qui cumule le plus de médailles sur les championnats internationaux. Lors des Jeux Equestres Mondiaux de Jerez en septembre dernier, l'équipe de France a gagné son troisième titre collectif, nous sommes le seul pays dans ce cas. Pourtant la vente de nombreux chevaux vers les pays du golfe Persique depuis la fin des années 90 a causé un manque de couples compétitifs. Heureusement nous avons pu mettre en place avec la Fédération Française des contrats d'objectifs qui incitent les propriétaires à conserver leurs chevaux en vue d'une grande échéance. Nous avions aussi l'an dernier dans l'équipe Djellab HN, un cheval qui appartient aux Haras Nationaux. Les bons résultats des cavaliers français nous ont permis d'attirer l'attention des institutionnels.
Interview réalisée par Jocelyne Alligier / service de presse La Baule Mars 2003, Libre de droits
Les dates clés de l'endurance mondiale
L'endurance équestre est née aux Etats-Unis dans les années 50. Elle se fonde sur une tradition de la cavalerie américaine. Au XIXe siècle des cavaliers de la cavalerie américaine devaient parcourir la distance de 100 miles, c'est-à-dire 160 km, en une journée. Des points de contrôles ponctuaient leur passage et surtout ils avaient à présenter leur cheval en parfaite condition le lendemain à midi à la parade. Ces principes ont été repris à travers les contrôles vétérinaires qui jalonnent les épreuves et le prix de la meilleure condition physique des chevaux. En 1954 est ainsi organisé dans le grand ouest américain la Tevis Cup, premier raid d'endurance sur 160 km formalisé comme une compétition sportive. La nouvelle discipline s'exporte tout d'abord aux antipodes, les Australiens habitués des chevauchées dans les grands espaces créant en 1967 l'Association d'Endurance australienne. Puis, elle franchi l'Atlantique dans les années 70.
Ainsi en France sous l'impulsion du Parc National des Cévennes qui a développé un programme d'élevage équin, un premier raid d'endurance équestre de 130 km est organisé autour de Florac en septembre 1975 selon les règles de la Tevis Cup. Il est remporté par l'étalon pur-sang arabe propriété du Parc National des Cévennes, Persik. En juin 1976 à l'occasion du bi-millénaire de la ville de Rodez, un raid de 100 km se déroule en Aveyron. Il ne connaîtra qu'une seule réédition mais du côté de Florac, la machine est bien lancée et la course mythique française fêtera cette année son 29e anniversaire. D'autres épreuves apparaissent comme l'autre grande classique française : les 2 jours de Montcuq dans le Lot disputés sur 2 x 100 km. La discipline s'organise avec la création du Comité National des Raids d'Endurance Equestre (CNREE).
Tandis que l'endurance se structure au niveau national, la FEI prend conscience de son développement et créée en 1982 une sous-commission endurance. En 1984 le premier championnat d'Europe est organisé à Florac. Les Français restent maîtres sur leur terre avec l'or par équipe et en individuel ainsi que le bronze (Yves Aimé sur Incompris, Denis Pesce sur Al Pomar). Deux ans plus tard, les environs de Rome sont le théâtre des premiers championnats du monde avec 11 nations au rendez-vous. Les cavalières américaines prennent le titre individuel en mains et ne vont plus le lâcher jusqu'au Mondial de 2000 de Compiègne où la France truste le podium individuel avec Maya-Killa Perringérard, Cécile Miletto et Dominique Payen.
Entre temps l'endurance a poursuivi sa croissance intercontinentale. Elle se développe en Amérique latine, mais le fait le plus marquant des années 90 est l'arrivée des pays du golfe Persique. En janvier 1993 une course entre dromadaires et chevaux se dispute sur la distance du marathon (42 km) dans le désert aux Emirats Arabes Unis. Contre tout pronostic, la victoire est pour les chevaux, avec en tête deux représentants de l'écurie du cheikh Mohamed Al Maktoum.
L'émir de Dubaï, déjà à la tête d'une importante écurie de chevaux de course, va alors investir dans la discipline participant lui-même dès 1996 aux championnats du monde qui se tiennent au Kansas (USA). La Fédération des Emirats met en place un programme d'épreuves internationales et obtient de la FEI l'organisation du mondial 1998, tandis que les championnats du monde de sports équestres (JEM) se déroulent sans l'endurance à Rome. En 2002 la discipline a réintégré les championnats du monde à Jerez aux côtés des autres disciplines : saut d'obstacles, dressage, concours complet, voltige, attelage et reining (équitation américaine).
Communiqué de presse
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